"Ma peinture commence là où l'archive s'arrête. En l’absence de traces biologiques de mon origine, l’acte de peindre n'est pas un choix esthétique, mais un acte de constitution de soi. Je ne cherche pas à représenter le monde, je cherche à générer une présence qui supplée l'absence.
Je travaille sur la tension entre la permanence et l’accident. Mes figures ne sont pas des modèles ; elles sont des centres de gravité. J'utilise la maîtrise technique comme une ancre, une structure de résistance, pour ensuite la soumettre à l'assaut du geste électrique et du néon. Cette collision entre la rigueur du trait et l’irruption du chaos —cet écho solaire de Caracas qui refuse de s'éteindre— définit mon espace de recherche.
Ce que j'appelle « l’immanence d’un silence » n'est pas une absence de bruit, c'est une immunité. C’est l’état d’un être qui, bien que traversé par les fréquences stridentes de l'extérieur, demeure inaltérable en son centre. Je peins ce point d’équilibre où le mouvement du monde ne parvient plus à dissoudre l'individu.
Le doute est mon architecture. Je ne peins pas pour conclure, mais pour enregistrer un état de transition. Chaque œuvre est un fossile de mon évolution intérieure : un vestige d’un instant où j’ai réussi à faire coexister la discipline atmosphérique de Paris et la vibration brute de mes racines, sans que l'une n'étouffe l'autre. Ma peinture ne donne pas de réponses ; elle est le lieu où l'incertitude devient une forme de liberté."