Ma peinture commence là où l'archive s'arrête. En l’absence de traces biologiques de mon origine, l’acte de peindre n'est pas un choix esthétique, mais un acte de construction d'identité. Dans cette recherche, la figure féminine agit comme mon fil conducteur ; elle n'est pas un modèle passif, mais une icône moderne qui me guide à travers cette biographie inachevée. Je ne cherche pas à représenter le monde, je cherche à générer une présence qui supplée l'absence.
Je travaille sur la tension entre la rigueur sculpturale de la forme et l'irruption de la couleur. Mes figures sont des centres de gravité enveloppés dans la constante topographie des tissus et des plis. J'utilisation cette maîtrise technique et matérielle comme une ancre, une structure de résistance, pour ensuite la soumettre à l'assaut du geste électrique et de la stridence chromatique. Cette collision entre la rigueur du trait et l’irruption du chaos —cet écho solaire de Caracas qui refuse de s'éteindre— définit mon espace de recherche.
Ce que j'appelle « l’immanence d’un silence » n'est pas une absence de bruit, c'est une immunité. Elle prend la forme du migrant, du pèlerin contemporain qui observe l'hostilité de son environnement sans se laisser briser par lui. C’est l’état d’un être qui, bien que traversé par les pressions et les fréquences d'un territoire étranger, demeure inaltérable en son centre. Je peins ce point d’équilibre où le choc culturel et le mouvement du monde ne parviennent plus à dissoudre l'individu.
Le doute est mon architecture. Je ne peins pas pour conclure, mais pour enregistrer un état de transition. Chaque œuvre est le journal de bord d'un instant, un fossile de mon évolution intérieure où je parviens à faire coexister la grisaille parisienne et la vibration solaire de mes racines, sans que l’une n’étouffe l’autre. Ma peinture ne donne pas de réponses ; elle est le lieu où l'incertitude devient une forme de liberté.